Digital Commons en tant que fournisseurs d’infrastructures numériques publiques

Le concept des communes numériques décrit un large éventail de systèmes et de solutions numériques qui sont détenus, développés et entretenus par des groupes plutôt que par des individus ou des entités uniques. Contrairement aux entreprises ou aux institutions publiques, ces groupes se coordonnent non pas par la tarification ou la subordination, mais par une collaboration entre pairs. Alors que de nombreux projets Digital Commons ont débuté sous la forme de petits efforts communautaires, de nombreuses initiatives ont depuis lors pris de l’ampleur pour devenir des infrastructures sociétales essentielles, attirant de vastes bases de contributeurs et soutenant des applications mondiales. Parmi les exemples du début du 21e siècle figurent Wikipédia, l’encyclopédie en ligne, et Apache, un logiciel libre qui prend en charge plus de 20% des sites web les plus fréquentés au monde. Certains auteurs ont même décrit l’Internet Stack actuel comme une «infrastructure accidentelle» de Digital Commons. 

Dans le même temps, le renforcement des infrastructures numériques et de la souveraineté de l’Europe a gagné en importance dans les discussions sur l’avenir et la compétitivité de l’Europe. Ce sujet est mis en évidence, par exemple, dans le livre blanc de la Commission européenne sur les besoins de l’Europe en matière d’infrastructures numériques et dans le rapport de Mario Draghi sur l’avenir de la compétitivité européenne.

Dans ce contexte, le document présente un examen complet de la littérature fondamentale sur les infrastructures et des débats et typologies mondiaux actuels sur les infrastructures numériques publiques. Bien que les politiques de libre marché des années 1990 aient conduit à un paysage numérique privé et axé sur les plateformes, le développement des infrastructures publiques dans ce domaine suscite un intérêt croissant dans le monde entier. De nouveaux débats politiques, par exemple, placent l’État en tant qu’ «État entrepreneurial», promouvant l’ouverture et l’ «interopérabilité générative». Les fondements des services et transactions numériques, des composants essentiels de l’infrastructure internet, des espaces publics et des plateformes de production partagées sont de plus en plus considérés comme essentiels au bien-être économique et social. 

Les décideurs politiques proposent différentes formes de propriété publique afin de préserver le caractère public et les avantages sociétaux de ces infrastructures, en intégrant souvent les communes numériques. Au moyen de cinq études de cas, le présent document examine les stratégies visant à combler les lacunes en matière d’infrastructures et étudie la manière dont les communes numériques peuvent soutenir et améliorer ces nouvelles formes d’infrastructures numériques publiques tout en veillant à ce qu’elles soient inclusives, ouvertes et interopérables. 

  • Les cas ZenDiS et scikit-learn illustrent les stratégies écosystémiques visant à renforcer les logiciels libres reliant les systèmes et dispositifs d’information.
  • OSPO pour la gouvernance des communes numériques, et le cas de l’Allemagne Zentrum Digitale Souveränität (ZenDiS), qui s’emploiera activement à combler le fossé entre les communautés de développeurs et le gouvernement en contribuant à fournir des solutions à code source ouvert au secteur public. 
  • Decidim, créé par la ville de Barcelone, présente des partenariats offrant des espaces alternatifs pour le discours et le débat publics en ligne.
  • DHIS2, utilisé par de nombreux gouvernements pour la gestion des informations en matière de santé, illustre les infrastructures numériques gérées et produites collectivement, facilitant la mutualisation des ressources et des capacités. 
  • Enfin, le nuage européen pour la science ouverte (EOSC) est un exemple unique de tentative paneuropéenne de construire une infrastructure partagée avec une communauté de chercheurs, non seulement en redéfinissant les outils et les processus utilisés par les chercheurs, mais aussi en développant une infrastructure ancrée dans les valeurs et les principes de la science ouverte. 

Ces études de cas fournissent des informations sur les conditions nécessaires pour que les communes numériques fournissent des infrastructures, en particulier en ce qui concerne le financement à long terme, que les communautés peinent à obtenir. Ils mettent également en évidence la diversité des relations entre les institutions publiques et les communes numériques, ce qui a une incidence sur la gouvernance des communes numériques. 

Les études de cas sont des contributions rédigées par les coauteurs suivants: Nil Homedes Busquets (étude de cas sur Decidim), Nicholas Gates (étude de cas sur ZenDiS), Lea Gimpel (affaire étude sur DHIS2), Cailean Osborne (étude de cas sur le scikit-learn), Roksana Wilk (étude de cas sur le nuage européen pour la science ouverte). 

Les auteurs tiennent à remercier Ramya Chandrasekhar, Valerian Guillier, Paul Keller, Riccardo Nanni, Mila Samdub et Alek Tarkowski pour leurs précieuses réactions et contributions à la publication. 

Cette publication a été financée par le programme Horizon Europe de l’Union européenne et contribue à l’initiative NGI Commons, qui vise à formuler une stratégie durable pour les communes numériques qui renforce la souveraineté et la confiance de l’Europe dans les environnements numériques.

NGI Commons — Commons numériques en tant que fournisseurs d’infrastructures numériques publiques